Quand un artisan couvreur ou étancheur ouvre un dossier de consultation pour la première fois, trois sigles reviennent partout : DPGF, BPU et DQE. Mal compris, ils sont la première cause de rejet ou de sous-estimation d'un chiffrage. Comprendre ce que chacun attend, comment le remplir et où sont les pièges, c'est déjà gagner en fiabilité sur le prix. Dans cet article, on décortique chaque document, on donne des exemples chiffrés propres au secteur toiture-étanchéité, et on finit par une checklist de remise sans faute.
À quoi servent les documents de prix dans un marché public
Dans un marché de travaux, l'offre financière ne se résume jamais à un montant total griffonné sur une page. L'acheteur public veut voir le détail : quelles prestations, à quel prix unitaire, pour quelles quantités. C'est ce détail qui lui permet de comparer objectivement les entreprises, de vérifier la cohérence d'un prix anormalement bas, et de piloter le chantier une fois attribué.
Ces documents encadrent aussi ce qui se passe après la signature : un avenant, une quantité en plus, une modification de commande s'appuient toujours sur les prix que vous avez remis. Un prix unitaire mal posé au départ vous suit pendant toute la durée du marché.
On distingue deux grandes familles de marchés, et le document de prix change en conséquence :
- Les marchés à prix global et forfaitaire : vous vous engagez sur un montant total pour un ouvrage défini. Document associé : la DPGF.
- Les marchés à prix unitaires (bons de commande, marchés à tranches) : vous êtes payé selon les quantités réellement exécutées, à des prix unitaires figés. Documents associés : le BPU et le DQE.
La DPGF : décomposition du prix global et forfaitaire
La DPGF (Décomposition du Prix Global et Forfaitaire) accompagne un marché forfaitaire. Vous vous engagez sur un prix ferme pour réaliser l'ouvrage décrit, quelles que soient les quantités réelles constatées ensuite. La DPGF sert à justifier la composition de ce forfait, poste par poste.
Exemple pour une réfection de couverture en ardoise sur un groupe scolaire :
| Poste | Quantité | Unité | Prix unitaire | Total |
|---|---|---|---|---|
| Dépose couverture existante | 480 | m² | 22 € | 10 560 € |
| Réfection liteaunage | 480 | m² | 14 € | 6 720 € |
| Écran sous-toiture HPV | 480 | m² | 9 € | 4 320 € |
| Couverture ardoise 32x22 | 480 | m² | 78 € | 37 440 € |
| Zinguerie (noues, faîtage) | 1 | forfait | 8 900 € | 8 900 € |
| Échafaudage et sécurité | 1 | forfait | 6 200 € | 6 200 € |
| Total HT | 74 140 € |
Point clé : dans un forfait, si vous avez mal mesuré et qu'il y a 520 m² au lieu de 480, c'est pour vous. La DPGF sert à montrer votre raisonnement, mais l'engagement reste le total. D'où l'importance d'un métré solide avant de chiffrer un marché de couverture.
Le BPU : bordereau des prix unitaires
Le BPU (Bordereau des Prix Unitaires) est le catalogue de vos prix, sans quantités. On le trouve surtout dans les marchés à bons de commande, très fréquents pour l'entretien de patrimoine (bailleurs sociaux, collectivités) en couverture et en étanchéité.
L'acheteur commandera au fil de l'eau selon ses besoins réels. Vous ne connaissez pas les volumes à l'avance : vous vous engagez uniquement sur les prix. Exemple d'extrait de BPU étanchéité de terrasse :
- Réfection étanchéité bicouche, façon standard : 62 €/m²
- Relevé d'étanchéité sur acrotère : 48 €/ml
- Fourniture et pose EEP (évacuation eaux pluviales) : 135 €/u
- Isolation thermique panneau PIR 100 mm : 31 €/m²
- Diagnostic et recherche de fuite : 420 €/intervention
Le danger du BPU : comme vous ignorez les quantités, vous êtes tenté de lisser vos prix. Mais l'acheteur peut concentrer ses commandes sur les postes où vous êtes le moins cher. Chiffrez chaque ligne à son juste coût, jamais en pariant sur le mix.
Le DQE : détail quantitatif estimatif
Le DQE (Détail Quantitatif Estimatif) est le BPU multiplié par des quantités estimatives fournies par l'acheteur. Il n'a qu'un rôle : permettre de comparer les entreprises sur une même base et donc de noter le critère prix. C'est un simulateur, pas un engagement de commande.
| Poste | PU (BPU) | Qté estimée | Total DQE |
|---|---|---|---|
| Étanchéité bicouche | 62 € | 900 m² | 55 800 € |
| Relevés acrotère | 48 € | 210 ml | 10 080 € |
| EEP | 135 € | 12 u | 1 620 € |
| Isolation PIR | 31 € | 900 m² | 27 900 € |
| Total DQE HT | 95 400 € |
Le montant du DQE sert de note prix, mais vous serez payé au réel sur la base du BPU. Ne bradez jamais un prix unitaire en pensant que la quantité estimée est faible : si le chantier explose sur ce poste, vous travaillez à perte.
DPGF, BPU, DQE : le tableau récapitulatif
| Critère | DPGF | BPU | DQE |
|---|---|---|---|
| Type de marché | Prix global forfaitaire | Prix unitaires / bons de commande | Comparaison des offres |
| Contient des quantités ? | Oui (les vôtres) | Non | Oui (celles de l'acheteur) |
| Vous engage sur… | Le total forfaitaire | Chaque prix unitaire | Rien (simulation) |
| Paiement au réel ? | Non, au forfait | Oui, aux quantités exécutées | Sans objet |
| Risque principal | Métré sous-estimé | Prix unitaire à perte | Bradage d'une ligne |
Ce trio se lit toujours avec le CCTP (le cahier technique) et le règlement de consultation, qui précisent les critères de notation. Pour comprendre comment le prix pèse dans la note finale, voyez notre article sur analyser les critères de notation.
Les erreurs de remise qui coûtent le marché
Au-delà du chiffrage, la forme de la remise fait rejeter des offres pourtant compétitives :
- Modifier la trame fournie (ajouter, supprimer ou renommer des lignes) : c'est souvent un motif d'irrégularité de l'offre.
- Laisser des cases vides : un poste non chiffré peut être interprété comme une offre incomplète.
- Oublier de reporter le total dans l'acte d'engagement, ou avoir une incohérence entre l'acte d'engagement et le DQE.
- Remettre un PDF non signé quand la signature électronique est exigée.
- Se tromper de version de fichier quand l'acheteur a publié un rectificatif en cours de consultation.
Un outil comme Elviacouv vérifie automatiquement la cohérence entre vos pièces de prix et détecte les lignes oubliées avant l'envoi, ce qui limite ces rejets purement administratifs. Pour aller plus loin sur la constitution du dossier, consultez la liste des documents obligatoires d'un marché de toiture.
Checklist de remise des documents de prix
- [ ] J'ai téléchargé la dernière version des fichiers (rectificatifs inclus)
- [ ] Je n'ai rien modifié dans la structure des lignes (DPGF/BPU/DQE)
- [ ] Chaque poste est chiffré, aucune case vide
- [ ] Mes prix unitaires couvrent leur coût réel, sans pari sur les quantités
- [ ] Le métré de la DPGF a été vérifié sur site ou sur plans
- [ ] Le total HT/TTC est cohérent entre DQE, DPGF et acte d'engagement
- [ ] Les fichiers sont au bon format (Excel demandé vs PDF) et signés si requis
- [ ] J'ai gardé une copie horodatée de ce que j'ai déposé
Bien comprises, ces trois pièces cessent d'être un labyrinthe administratif pour devenir un vrai outil de pilotage de vos marges. Pour repérer les consultations en cours près de chez vous, explorez les marchés par département et le classement des attributaires.